Réseau agro-environnemental

Qu'est-ce qu'une Surface de Promotion de la Biodiversité (SPB)?

Une agriculture proche de la nature à Céligny
Par Céline Rochet, biologiste en charge du suivi du réseau.

Une SPB, c’est quoi ?

Il s’agit d’une surface agricole dédiée non pas à la production de denrées alimentaires mais à la production de biodiversité. Une exploitation extensive sans utilisation d’engrais et/ou de pesticides permettra à la faune et à la flore des campagnes de se nourrir, de se reproduire, tout simplement de vivre dans un environnement propice. Les SPB peuvent prendre différentes formes que l’exploitant choisit selon ses affinités et sa manière de cultiver. En voici quelques exemples que l’on peut observer à Céligny :

La prairie extensive

C’est la forme la plus courante de SPB dans la commune, cette surface enherbée est riche en fleurs indigènes qui peuvent libérer leur graines grâce à une fauche qui n’a lieu que le 15 juin au plus tôt. Le fourrage produit est moins riche que dans une prairie intensive mais il convient tout de même à certains animaux d’élevage. On y trouve une cinquantaine d’espèce de plantes (environ deux fois plus que dans une prairie intensive) parmi lesquelles la sauge des prés, le silène, l’esparcette, la scabieuse des champs, apportant senteurs et couleurs dans le paysage agricole. Cette richesse végétale fournit le gîte et le couvert à bon nombre d’invertébrés, de reptiles, d’oiseaux et de petits mammifères. La fauche annuelle ou bisannuelle de ces prairies constitue une perturbation importante de la flore et de la faune qui y vit, c’est pourquoi les exploitants laissent 10% de la surface totale non fauchée à chaque coupe, cette bande devient alors un refuge essentiel aux petits animaux présents, qui attendent ensuite que la surface fauchée repousse. 

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Judicieusement placées, les prairies extensives jouent un rôle primordial de zone tampon ou de corridor biologique entre les cultures et les cordons boisés, bon nombre d’animaux forestiers apprécient les lisières comme la Grive ou le Chevreuil. D’autres prairies situées en pente sont particulièrement attractives pour les invertébrés aimant la chaleur comme les sauterelles et les papillons.

                La haie

La haie est l’exemple parfait d’une structure naturelle servant à connecter des habitats entre eux, elle fonctionne comme un corridor. Elle peut contenir de grands arbres ou uniquement de buissons de 3 à 5 m de hauteur. De chaque côté, elle s’accompagne d’une bande herbeuse favorisant la transition avec les cultures alentour. Elle est taillée régulièrement pour maintenir son gabarit et sa diversité. Composée d’essences indigènes comme le cornouiller sanguin, le noisetier, l’églantier ou le prunelier, la haie offre refuge et nourriture aux petits mammifères, reptiles, oiseaux et insectes. Nombre d’entre eux sont d’ailleurs bien utiles aux agriculteurs comme les coléoptères, les araignées ou encore les abeilles sauvages, qui contribuent à la pollinisation ou à la lutte contre les parasites des cultures.

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Cette toute nouvelle haie basse installée par un exploitant en automne 2021 est encore assez discrète parmi les herbes spontanées. Cependant d’ici 3 à 4 ans, les buissons auront pris de l’ampleur et elle deviendra un habitat riche en espèces et un corridor biologique indispensable dans cette grande zone de culture.

                La jachère florale

Structure typique de la rotation des cultures, il s'agit d'une surface labourable ensemencée avec des plantes sauvages comme la molène, la carotte sauvage, le millepertuis, le coquelicot. Elle permet au sol, plutôt que de "se reposer", de se reformer, de retrouver une structure et une richesse minérale et organique appauvrie par les cultures successives. Elle reste en place au minimum deux ans et peut perdurer jusqu’à huit années. Fauchée chaque année de moitié seulement, elles constituent un habitat de qualité où les insectes, oiseaux et mammifères s’y nourrissent et s’y reproduisent, à l’image du papillon Machaon (cf. photo ci-dessous), du Tarier pâtre et du Lièvre.

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La surface viticole à biodiversité naturelle

La vigne elle-même peut être une zone accueillante pour la biodiversité. En effet, de l’herbe pousse spontanément entre les rangs, l’usage d’herbicides étant limités aux ceps. Seuls les produits chimiques préservant les abeilles et les auxiliaires sont autorisés pour lutter contre les insectes ou les champignons. Les oiseaux y trouvent alors de nombreux insectes à manger !

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Un Réseau agro-écologique, c’est quoi ?

L’objectif d’un réseau agro-écologique est d’influencer l’emplacement des SPB, de les diversifier et d’améliorer leur qualité. D’une part, les SPB sont considérées comme « mises en réseau » quand elles sont disposées judicieusement pour connecter entre eux des habitats favorables à la faune et à la flore comme les lisières de forêt, les bords de cours d’eau, les petits bosquets, etc. D’autre part, leur qualité peut être améliorée en semant un mélange fleuri riche en espèces locales dans les prairies ou en privilégiant les buissons épineux à baies dans les haies. Enfin, des mesures spécifiques visent encore à enrichir la biodiversité comme une fauche plus tardive de la prairie ou la mise en place de tas de bois à la limite entre la culture et la forêt.

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Prairie fauchée partiellement afin de garantir une zone refuge à toute la petite faune présente.

Cela fait 10 ans cette année (2022) que les exploitants de la commune s’engagent dans la préservation de la biodiversité au sein de leurs cultures. Ils ont créé une association et fondé le réseau agro-écologique de Céligny, soutenue activement par la commune et approuvé par le Canton et la Confédération.

 Les espèces favorisées par les SPB en réseau à Céligny

La commune de Céligny est justement nommée l’enclave car au-delà de sa circonscription administrative particulière, la zone rurale célignote est bien différente de la zone rurale vaudoise limitrophe. Parmi les grands champs cultivés se trouvent de plus petites surfaces parsemées de vieux arbres, de bosquets, de cordons boisés, de prairies et de cours d’eau lorsque l’on pénètre dans la commune. Cette diversité d’habitats amène son lot d’espèces qui bénéficient en complément de milieux agricoles accueillant. À l’exemple du rougequeue à front blanc, ce petit passereau menacé, qui fait son nid dans les cavités d’arbres ou nichoirs et chassent de petits insectes au sol. Il apprécie particulièrement les vieux vergers, les pâturages et les prairies. Plus de 150 arbres fruitiers haute-tige ont été plantés à Céligny en 10 ans, d’ici quelques décennies ils constitueront un parfait habitat pour cette espèce et bien d’autres !

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Fruitiers haute-tige plantés à l’automne 2021.

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Le Demi-Deuil (à gauche) est fréquent dans les prairies extensives du réseau. Le Rougequeue à front blanc (à droite) se fait plus discret, quelques couples vivent sur la commune.

Le Demi-Deuil, ce papillon noir et blanc typique des prairies fleuries, est quant à lui grandement favorisé par la très grande surface de prairies extensives au sein du réseau, par ailleurs la majorité d’entre elles sont dites de « qualité 2 », cela signifie que la diversité floristique est très bonne, l’exploitant bénéficie alors d’une contribution complémentaire. Cette richesse en espèce est garante du développement d’une multitude de papillons, sauterelles et autres insectes. Le Demi-Deuil y a d’ailleurs pris ses aises, il est aujourd’hui présent sur toutes les prairies du réseau. Ses chenilles passent l’hivers dans les bandes de végétation non fauchées.

Le lièvre et l’hermine, quant à eux, apprécient les jachères et les microstructures comme les tas de branches ou de pierres, tantôt comme refuge, tantôt comme garde-manger. Si le lièvre est observé fréquemment sur la commune, l’hermine se fait plus discrète, elle est cependant bien présente à Céligny.

N’oublions pas les plantes ! En effet, les prairies de qualité de la commune abritent quelques magnifiques spécimens d’orchidées comme l’Orchis pyramidale, l’Orchis homme-pendu ou encore l’Ophrys abeille, qui pour certaines ont été observées en quantité remarquable (plusieurs centaines sur une seule prairie). Ces espèces sont exigeantes et apprécie un sol maigre ainsi qu’une fauche tardive, après le 15 juillet. Elles témoignent d’une grande qualité écologique qui perdurent par une gestion extensive mises en œuvre par les exploitants.

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Certaines prairies extensives de Céligny abritent des orchidées sauvages, comme les dizaines d’orchis pyramidales figurant sur la photo de gauche. A droite une orchis bouc présente dans une autre surface, les orchidées témoignent de la bonne qualité biologique de ces surfaces.

Le dérangement dans les SPB

Comme évoqué précédemment, les SPB sont des milieux riches et diversifiés qui abritent un grand nombre d’espèces de plantes et d’animaux. Elles sont mises en place par les exploitants et bénéficient d’une gestion particulière et différente du travail habituel de l’agriculteur. Les efforts fournis au sein du réseau sont conséquents et depuis dix ans déjà le succès est au rendez-vous, la biodiversité se développe et s’épanouie au bénéfice de tous les habitants de la commune. Les SPB sont des zones de tranquillité qu’il convient de ne pas perturber. En effet, même si les prairies représentent un milieu plus accueillant qu’un champ de maïs pour une promenade, elles n’en demeurent pas moins des surfaces cultivées comme les autres qui jouent un rôle important dans la préservation de la biodiversité locale. La pénétration des promeneurs, des chiens ou des chevaux représentent un fort dérangement, voire une destruction de milieux par piétinement des fleurs, écrasement des chenilles, fuite des mammifères, abandon des nids par les oiseaux, etc. Pour ces raisons, continuons à préserver notre environnement et à respecter le travail des agriculteurs en restant sur les chemins.

 

 

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Présentation

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Site Internet : Genève Terroir - Céligny